La pauvre veuve

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Homélie prononcée le 7 novembre 2021

Frères et Sœurs,

Nous arrivons bientôt à la fin de notre année liturgique pendant laquelle nous avons suivi, dimanche après dimanche, l’évangile selon saint Marc. Et, en arrivant au terme de cette année liturgique, nous arrivons au terme de la vie publique du Christ.

Ce matin, nous sommes à Jérusalem, dans le Temple, et dimanche prochain, nous entendrons le Christ annoncer que ce Temple sera bientôt détruit, qu’il n’en restera pas pierre sur pierre, qu’il y aura la guerre en Israël et dans les Nations, et qu’au-delà de ces événements il y aura l’effondrement de ce monde humain et même de notre vie terrestre. Après ces terribles annonces prophétiques, Jésus sera trahi par Judas et arrêté à Gethsémani pour souffrir sa passion et mourir crucifié, avant de ressusciter le troisième jour. Autant dire, Frères et Sœurs, qu’avec cette pauvre veuve de ce matin qui donne tout l’argent qu’elle a en l’offrant à Dieu pour le service du Temple, nous sommes, en quelque sorte, au sommet du ministère public du Christ, avant la fin annoncée de sa propre vie, du Temple et du monde.

Et cette pauvre veuve qui donne tout ce qu’elle a, elle donne, en réalité, comme le voit bien le pape Benoît XVI, non pas seulement tout ce qu’elle a mais tout ce qu’elle est, car, vu sa pauvreté, c’est sa vie-même qu’elle offre à Dieu, en mettant ses deux petites pièces de monnaie dans la salle du trésor. Et si Jésus relève et met en exergue ce geste qui passe inaperçu au milieu de la foule, c’est parce qu’il voit dans ce geste une image de sa propre vie qu’il va bientôt, lui aussi, offrir à Dieu sur la Croix, dans son sacrifice qui, aux yeux du monde juif et romain de l’époque, ne sera qu’un crucifié de plus, passera inaperçu et paraîtra insignifiant.

Mais, en plus de lui-même, quand Jésus montre cette pauvre veuve et son offrande à Dieu, il montre également de quelles pierres vivantes sera fait le Temple Nouveau qu’il est venu bâtir. Il montre sur quel don de soi son Église va s’édifier dans la personne des apôtres, des martyrs et des saints qui, à leur tour, donneront leur vie pour servir Dieu, et pour le servir lui, le Christ, dans les plus pauvres, les plus petits, les plus faibles et les plus blessés, pour partager les souffrances de sa passion, et pour y recevoir en même temps, à cause de son amour, une puissance de vie et de résurrection qui n’est pas de ce monde, une victoire sur la mort et sur la désespérance qui est au-delà de nos ressources humaines.

La veuve de Sarepta, dans la première lecture, a donné au prophète Elie tout ce qu’elle avait pour vivre, elle et son fils, avant de mourir de faim. Et en accordant ainsi une telle confiance à cet homme de Dieu, elle a miraculeusement échappé à la mort, et rallongé sa vie de quelques années en ce monde. La veuve de Jérusalem, dans l’évangile de ce matin, n’a peut-être pas spécialement gagné en longévité, en faisant son offrande au Temple. Mais c’est la même confiance en Dieu et en l’avenir qui l’a poussée à donner au Trésor tout ce qui faisait sa subsistance, et qui pour elle était vital. Et elle a reçu en retour une foi plus forte et plus exemplaire qui a capté le regard du Christ.

Chacune de ces deux veuves était dans la pire situation de précarité qu’une femme pouvait connaître dans l’ancien Proche-Orient. À cet égard, les premières communautés chrétiennes se sont toujours fait un devoir de secourir ces femmes délaissées qui n’étaient pas remariées.

Mais l’une comme l’autre sont des exemples vivants de ce que la foi et la confiance en Dieu peuvent accomplir dans nos vies.

Ces deux veuves nous parlent de ces bonheurs humains que nous pouvons recevoir les uns des autres, comme une femme reçoit du bonheur de son mari, bonheurs humains que nous pouvons vivre sans Dieu et que la mort, avec le temps, fait disparaître en ne laissant que des souvenirs, ou bien bonheurs humains que nous pouvons vivre en Dieu, et que la mort ne fait pas disparaître mais que la grâce transforme, que la grâce de Dieu purifie et recentre sur la prière et sur la vie spirituelle pour leur donner un visage nouveau, encore plus vivant et plus beau. En étant attachées à Dieu vitalement et radicalement, les veuves de Sarepta et de Jérusalem gardaient un lien vivant à leur mari défunt, car tous les croyants vivent en Dieu, nous dit Jésus dans l’Évangile (Lc 20,38), qu’ils soient encore en ce monde ou déjà près de lui. Mais surtout, ces deux femmes qui vivaient désormais centrées sur Dieu, et qui recevaient de lui, plus que jamais, tout ce qui faisait leur bonheur, ces deux femmes vivaient dans une intimité de Dieu et dans un détachement de ce monde qui les disposaient aussi bien à s’occuper de leurs proches qu’à se préparer paisiblement à mourir.

En un sens, elles avaient déjà un pied dans l’éternité, alors qu’elles étaient encore sur la terre. Et cela correspond bien à la véritable condition chrétienne. Tout le contraire des scribes de Jérusalem dont Jésus dénonce les abus qu’ils faisaient subir aux veuves, en même temps qu’ils se paraient de bonne conscience hypocrite et de religiosité ostentatoire. Si, malheureusement, aujourd’hui dans l’Église, certains disciples du Christ imitent ces mauvais scribes et leurs dérives scandaleuses, nous savons que ce sont ces pauvres veuves qui nous sont données à imiter.

Mais les imiter comment, Frères et Sœurs ? Quelle chose essentielle allons-nous donner à Dieu qui nous fera comprendre qu’il tient vraiment la première place dans notre vie comme chez ces pauvres veuves ?

La réponse est claire : nous sommes invités, ce matin, à offrir à Dieu non pas ce dont nous débordons ou disposons avec aisance, mais ce dont nous manquons, et qui nous est précieux et vital. Donner de notre temps au moment où nous en manquons cruellement, donner de notre affection quand nous en sommes nous-mêmes privés, soigner des malades pour qu’ils recouvrent la santé alors que nous sommes nous-mêmes souffrants ou de santé fragile, offrir l’hospitalité alors que nous manquons de place pour nous-même, etc. Bref, entrer dans cette économie de l’Esprit-Saint qui ne nous fait pas seulement donner ce que nous avons, qui ne nous fait simplement cultiver nos talents pour en partager les fruits, mais qui nous fait donner de ce dont nous manquons, qui nous fait marcher sur l’eau, comme l’apôtre Pierre, et qui nous pousse au large dans l’aventure humaine, en dilatant notre cœur, en nous faisant nous donner au service de Dieu et de nos frères au-delà de nos capacités, dans l’abandon à la Sagesse et à la Providence divines qui nous feront découvrir à quel accomplissement nous sommes appelés.

N’ayons pas peur, Frères et Sœurs, de faire confiance à Dieu au point de lui offrir de ce qui nous est nécessaire, car il est bon et miséricordieux, et les secours de sa grâce ne manquent pas à celles et ceux qui lui donnent vraiment la première place dans leur vie. Puissions-nous, à la ressemblance de ces deux pauvres veuves d’aujourd’hui, avoir la richesse d’une foi forte et ardente comme la leur, et avoir la joie de nous donner vraiment, de cultiver autour de nous le don de soi, et d’en recevoir un bonheur durable qui ait dès ici-bas un goût d’éternité. Amen.

Père Patrick Faure

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