Funérailles de Joseph Antin

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Homélie prononcée le 28 février 2020

Joseph Antin n’a pas souhaité que l’on parle trop de lui, et surtout qu’on le canonise trop vite, selon une tendance qui s’installe lors des célébrations de funérailles. Il nous demande de prier pour lui, et de rendre grâce à Dieu pour son ministère. Les textes qu’il a lui-même choisis disent quelque chose de lui, et comment il a vécu son appel et son ministère. Ils portent sur l’appel des premiers apôtres et sur la Jérusalem céleste qui est notre destinée ultime et la finalité du ministère.

Joseph a été appelé par le Christ pour participer au ministère apostolique comme collaborateur des évêques, à la suite des apôtres. Ses parents l’ont éduqué dans la foi ; ils ont été comme Jean-Baptiste qui indiquait Jésus à ses disciples. Et Joseph a suivi Jésus, désireux d’entrer dans son intimité, de demeurer avec Lui. Dans la spiritualité du bienheureux Antoine Chevrier et du Prado, il a voulu être un véritable disciple en se laissant configuré au Christ, Tête et Pasteur de l’Eglise. Son ministère s’est enraciné dans la méditation des évangiles, dans la prière, une grande fidélité à la prière, avec un fort attachement à la Vierge Marie, Reine des apôtres.

Le passage d’Evangile que nous avons entendu dit beaucoup du ministère du prêtre que Joseph a voulu être en réponse à l’appel de Dieu. Jean-Baptiste désigne Jésus comme l’Agneau de Dieu, évoquant ainsi l’offrande qu’Il allait faire de sa vie, l’agneau désignant la victime pour le sacrifice. A la suite de Jésus, celui qui est appelé à devenir prêtre offre sa vie à Dieu pour sa gloire et le salut du monde ; il est consacré à Dieu comme tout baptisé, mais avec une grâce spéciale qui le met à part pour mieux être signe de la présence du Christ au milieu des hommes, pour être sacrement du Christ ; le prêtre accepte d’entrer dans une forme de vulnérabilité, particulièrement signifiée par le célibat consacré. Pour être pasteur, selon l’Evangile, il faut être agneau. Comme agneau, le prêtre se laisse conduire par le Christ, le Bon Berger ; il Le suit partout ; Il est sans cesse référé à Lui. Aucun ministre du Christ ne travaille à son compte personnel ; il accepte cette forme de dépendance dans l’amour vis-à-vis du Christ, qui se concrétise dans l’obéissance à l’évêque, mais aussi dans le soutien matériel, pastoral et humain, amical, qu’il attend des fidèles. Ce qui permet au prêtre de vivre, sur le plan matériel, vient de la générosité des fidèles ; ce qui lui permet d’assumer sa solitude, ce sont les vraies amitiés respectueuses de son appel, de sa mission, de son lien spécifique au Christ ; de même sur le plan pastoral, il ne peut rien faire sans la participation active de la communauté. L’offrande de soi est manifestée encore lorsque le prêtre diocésain renonce à s’attacher une communauté particulière pour servir le peuple de Dieu dans sa diversité, là où il est envoyé. Il me semble que Joseph a vraiment suivi l’Agneau de Dieu, pour se laisser configurer à Lui.

Le cœur du prêtre est habité par une quête de Dieu qui ne doit jamais se satisfaire d’une relation au Christ routinière. Sans cesse Jésus lui demande : « que cherches-tu ? ». Nous n’aurons jamais fini d’entrer dans la connaissance du Christ, de découvrir la longueur, la largeur, la hauteur et la profondeur de son amour. Or le prêtre est chargé d’annoncer cet amour incommensurable. Comment cela serait-il possible sans entretenir un cœur qui cherche son visage, sans demeurer à la source pour être une vraie fontaine qui transmet les eaux vives du salut ?

Le prêtre : c’est un disciple du Christ qui choisit de se faire agneau, un chercheur de Dieu qui demeure auprès du Christ jusqu’à la Dernière Cène dont il est chargé de célébrer le mémorial, un missionnaire.

Dans l’évangile encore, nous avons entendu qu’André, après avoir fait une expérience marquante du Christ, est aller chercher son frère Simon pour l’amener au Christ. La mission est le fruit d’une rencontre, d’une expérience transformante du Christ qui bouleverse et pousse à partager cette expérience à d’autres. André conduit son frère à Jésus ; Jésus établit immédiatement une relation personnelle avec Simon qu’il appelle Pierre, et André s’efface. Voilà qui donne sens à la mission de l’Eglise et de chaque baptisé, et au ministère du prêtre. Le prêtre est le serviteur qui s’efface devant le Christ. Joseph a vécu ce mystère d’effacement.

La première lecture nous a montré quelque chose du monde nouveau vers lequel nous allons. La finalité du ministère sacerdotal est de conduire les hommes et les femmes, au service desquels le Christ a placé le prêtre, jusqu’à entrer dans l’Alliance, à répondre à l’amour de Dieu par un amour total et confiant, et à progresser dans l’union à Dieu, par la grâce du Christ. L’épitre aux Hébreux nous rappelle que nous avons une vocation céleste, et le livre de l’Apocalypse nous dévoile cette vie nouvelle en Dieu, dans la Jérusalem céleste : Dieu habitant au milieu de l’humanité dans une relation d’appartenance mutuelle. La mort, le deuil, les épreuves auront cessé et ce sera le temps des noces éternelles. Nous avons trop oublié le but de notre vie ; nous avons trop oublié que nous ne sommes que de passage sur cette terre. Joseph, au moment de nous quitter, veut nous laisser ce message. Les funérailles d’un chrétien ne nous tournent pas vers le passé, même s’il est légitime de rendre grâce à Dieu pour tout ce que nous avons vécu de bon et de beau avec lui. Les funérailles nous tournent résolument vers l’avenir, vers ce monde nouveau, ce monde meilleur auquel toute l’humanité aspire, mais pour lequel peu de gens sont prêts à se détacher des biens de ce monde.

Le départ vers Dieu de Joseph et de nos défunts nous invite à nous attacher toujours plus aux choses qui demeurent. Nous avons à apprendre un mode de vie qui soit pleinement incarné dans les réalités de ce monde, mais avec le regard fixé sur l’avenir ultime qui donne sens à notre engagement ici-bas. Le départ de Joseph n’est pas une page à tourner mais une perspective nouvelle qui éclaire notre vie autrement. La mort de nos proches donne une nouvelle profondeur de champ à nos vies ; nous voyons plus loin, plus haut, plus profond, plus large. Nos défunts nous appellent à être des vivants, de vrais vivants, témoins de la vie éternelle au cœur de ce monde.

Puissions-nous entendre le message que Joseph a voulu nous laisser au moment de son passage !

+ Guy de Kerimel
Evêque de Grenoble-Vienne

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