Toussaint 2019

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Homélie prononcée le 1er novembre 2019

Heureux sommes-nous de contempler en ce jour de fête la foule immense de ceux qui nous ont précédés sur le chemin de la foi, nos aînés dans la foi, nos ancêtres, nos amis. Ils sont rassemblés autour du Trône de Dieu et de l’Agneau, dans une liturgie céleste qui n’est qu’une seule liturgie avec celle que nous célébrons ici et maintenant.

Vêtus des robes baptismales, marqués au front de l’onction de l’Esprit saint, les bienheureux resplendissent de la gloire de Dieu, ils sont transfigurés par l’éclat de la charité divine. La vision que saint Jean nous partage, dans la première lecture, nous découvre la réalité de ce que nous sommes devenus le jour de notre baptême : enfants de Dieu, participants de la nature divine. Nous avons tout reçu au baptême et à la confirmation, et nous avons à déployer, tout au long de notre vie, la grâce reçue qui ne demande qu’à nous transformer à l’image de notre Sauveur, Jésus-Christ.

La vie chrétienne est un chemin dans la foi vers le bonheur promis et espéré. Il est un chemin de libération, une croissance dans la charité, une lente et souvent invisible transfiguration qui nous ouvre les portes du ciel. La vie chrétienne conduit au véritable bonheur, un bonheur plénier qui comble les coeurs au-delà de tout désir, il est ce bonheur auquel aspire tout être humain. Ce bonheur total se trouve en Dieu qui seul peut combler le coeur humain ouvert à l’Infini. On y accède par la foi, en s’appuyant sur les promesses de Dieu, en se nourrissant de sa Parole, en se fiant à Lui, à sa lumière, à sa grâce. En effet, nous marchons dans un monde obscurci par le péché, nous ne voyons pas toujours clair, nous ne savons pas toujours discerner le bon chemin. La foi nous assure que Jésus est le Chemin et que par Lui, nous avons accès auprès du Père, pour atteindre au bonheur promis. Comme Abraham a quitté sa maison, sa parenté, son pays, et s’est laissé conduire par Dieu, dans l’obéissance de la foi, nous acceptons de quitter notre propre vision des choses, nos petits univers rassurants, nous renonçons à nous appuyer sur nos richesses, sur la force humaine, le pouvoir, pour avancer vers Dieu, humbles et pauvres, affamés et assoiffés de la justice. En écoutant Dieu et en obéissant à sa Parole, nous sommes sûrs de ne pas nous tromper. Nous évitons ainsi les nombreux pièges tendus sur la route du bonheur. Car les fausses lumières et les faux bonheurs attirent facilement, séduisent la raison humaine malade ou les émotions éphémères, pour nous faire goûter des plaisirs trompeurs.

Il n’y a pas de bonheur sans liberté ; en suivant le Christ sur le chemin du bonheur, le chrétien se libère de tout ce qui l’entrave et le détourne du vrai but. En méditant sur chacune des béatitudes, nous pouvons découvrir des clefs pour un chemin de libération intérieure. Dans un monde où il faut cultiver son image, où nous nous laissons facilement enfermer dans l’image que les autres attendent de nous ou dans les modes qui sont aussi des images imposées, le Christ nous propose l’humilité, la pauvreté de coeur, qui libère du regard des autres. Les pleurs libèrent de la jouissance à tout prix ou de l’indifférence devant le mal qui opprime les plus faibles et la création tout entière. Le Christ nous propose encore la douceur de celui qui s’appuie sur Dieu ; elle libère de la logique de la loi du plus fort ; le doux est habité de la force évangélique, une force intérieure qui est un don de l’Esprit saint. La miséricorde à laquelle nous invite le Christ libère, quant à elle, de la logique infernale du mal. Les béatitudes sont un chemin de libération qui conduit au vrai bonheur, à l’opposé de la fausse liberté qui se déploie dans nos sociétés actuelles et qui ouvrent la porte à de nouveaux esclavages.

De même qu’il n’y a pas de bonheur sans liberté, il n’y a pas de bonheur sans relations et sans amour. Le bonheur est intrinsèquement lié à l’amour et donc à la relation à l’autre, aux autres. Le bonheur vient de se savoir aimé et d’aimer. Jésus nous entraîne sur le chemin exigeant du véritable amour qui décentre de soi, qui ne se laisse pas vaincre par le mal, mais qui est vainqueur du mal par le bien. Les béatitudes nous donnent les caractéristiques du véritable amour : Un amour humble, compatissant, chaste, engagé au service de la justice, miséricordieux, pur, pacifiant, « il supporte tout…, il endure tout » (1 Cor. 13, 7). S’il y a en toute personne une capacité d’aimer, cependant les blessures du coeur et le péché en réduisent plus ou moins fortement la portée. C’est pourquoi nous avons besoin de recevoir le don de la charité divine, mise en nos coeurs par l’Esprit saint, pour participer à la victoire du Christ et porter la victoire de l’amour partout dans le monde. La vie chrétienne est une croissance dans la charité : l’amour de Dieu par-dessus tout, l’amour de soi, l’amour des autres. L’amour dilate le coeur, il ouvre les yeux, il nous pousse vers le prochain, il engage dans la durée, il donne la force de se battre pour la victoire, il permet d’avoir un avant-goût de ce bonheur plénier dont il est l’essence, il est en même temps crucifiant et source de joie. L’amour du Christ s’est abaissé jusqu’à la mort pour la vaincre. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jean 15, 13). Fort de cet amour dont nous nous nourrissons à chaque 4 Eucharistie, nous progressons vaille que vaille dans le don de nousmêmes, malgré nos faiblesses, les limites de notre patience, nos tentations de nous recentrer sur nous-mêmes. À la suite du Christ, nous nous abaissons pour porter la vie là où elle est blessée ou moribonde. Plus nous nous exerçons dans l’amour à la manière du Christ, avec l’aide de sa grâce, plus nous avançons sur le chemin du bonheur ; c’est ainsi que nous pourrons affronter notre propre mort pour la transformer en un ultime acte d’amour, en un ultime don de soi.

L’amour est notre point de ressemblance avec Dieu et donc la source de la sainteté. Plus il grandit en nous, plus il nous unit à Dieu et nous transforme en Lui. Mais cette transformation n’est pas encore manifestée, comme nous le dit saint Jean dans la deuxième lecture. « Quand cela sera manifesté, nous serons semblables à Lui car nous Le verrons tel qu’Il est ».

En ce jour de fête, que les saints nous attirent à Dieu, qu’ils nous redonnent le goût du vrai bonheur, et qu’ils nous accompagnent et nous soutiennent sur le chemin du bonheur à l’école des béatitudes.

† Guy de Kerimel, évêque de Grenoble-Vienne

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