Présentation au Temple - Consacré sur la terre pour le ciel

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Homélie prononcée le 2 février 2020

Frères et sœurs,

Nous célébrons ce matin la présentation de Jésus au Temple, c’est-à-dire le moment où, quarante jours après Noël, saint Joseph et la Vierge Marie vont présenter l’enfant Jésus au Temple de Jérusalem, conformément à la tradition qui veut que tout fils aîné d’une famille d’Israël soit consacré à Dieu (Ex 13,2), autrement dit qu’il appartienne à Dieu d’une manière particulière. Et, par la suite, les évangiles vont nous raconter comment Jésus, en grandissant et à l’âge adulte, a vécu cette consécration à Dieu dans sa vie d’homme juif pratiquant d’il y a 2000 ans.

Le Christ n’a pas cherché à gagner de l’argent avec ses dons de guérison et son enseignement de sagesse. Il a choisi de mener une vie simple et sobre, à l’opposé d’une recherche de profit et de bien-être. Il n’a pas pris femme et n’a pas eu d’enfant. Il n’a pas non plus pris en main la libération d’Israël comme certains l’auraient voulu. La consolation attendue par Siméon et la délivrance de Jérusalem annoncée par Anne ont pris une autre allure qu’un soulèvement contre l’occupation romaine.

Pourquoi Jésus a-t-il vécu sans richesse matérielle, sans vie sexuelle et sans ambition sociale ou politique, alors qu’il avait tout pour être un chef charismatique, et incarner les rêves de son peuple humilié ? Pourquoi le Fils de Dieu a-t-il voulu vivre économiquement pauvre, parfaitement chaste, et obéissant jusqu’à la croix, alors que, pour tant d’hommes et de femmes, le bonheur idéal est fait d’une aisance abondante pourvu qu’elle soit honnête, d’une jouissance de la chair pourvu qu’elle soit réglée, d’une réalisation de soi pourvu qu’elle n’écrase pas les autres ? Pour quelle raison le Christ, le Saint de Dieu, a-t-il vécu si radicalement la pauvreté, la chasteté et l’obéissance qui sont les trois vœux de la vie religieuse ou consacrée ?

Les religieux et les religieuses, moines, moniales, frères, sœurs, ermites, mais aussi les prêtres et les évêques par leur ordination, et aussi certains laïcs, vivent ces trois vœux de la vie consacrée qui veut ressembler à la vie de Jésus et de ses apôtres. Et c’est pour cette raison que le 2 février, depuis le pape Jean-Paul II, est la fête de la vie consacrée de celles et ceux qui sont appelés à vivre comme Jésus a vécu, pour se mettre comme lui au service de Dieu et du monde. Et c’est aussi pour cela que le scandale est d’autant plus grand lorsque des personnes consacrées trahissent gravement les engagements de leur consécration.

Mais si la vie consacrée existe dans l’Eglise, et si cette vie consacrée imite la vie de Jésus, la représente et la prolonge, c’est parce que cette vie de pauvreté, de chasteté et d’obéissance que le Christ a vécue sur notre terre est, en réalité, une prophétie, une annonce, une anticipation, un avant-goût dès ici-bas de notre vie future à tous quand nous serons au ciel.

Quand nous serons dans la Résurrection, nous n’aurons plus besoin de tous ces biens matériels auxquels nous tenons tant, et nous n’aurons plus besoin d’assurer notre subsistance comme nous le faisons sur terre dans la peur de manquer ou de mourir, car nous ne mourrons plus, et Dieu lui-même sera notre nourriture, comme le dit Jésus à ses disciples dans l’évangile de saint Jean : « ma nourriture que vous ne connaissez pas, c’est de faire la volonté de mon père » (cf. Jn 4,32.34). La vie religieuse et consacrée reproduit ici-bas la pauvreté matérielle du Christ, en signe avant-coureur du ciel où nous serons directement rassasiés par la contemplation de Dieu et la jouissance de son amour (Ps 16,11). Et, pour orienter vers cette béatitude, cette vie consacrée montre en toute simplicité que Dieu est la vraie richesse du cœur humain. Alors, la perspective de réduire la consommation à cause des ressources limitées de la planète devient moins angoissante que le craint la pensée matérialiste pour qui seule compte la croissance indéfinie de la production et de la technologie.

Quand nous serons au ciel, dans la Résurrection, nous ne prendrons ni femme ni mari, comme le dit Jésus dans l’évangile de saint Mathieu (Mt 22,30). Notre amour pour certains ou certaines d’entre nous ne nous poussera plus à engendrer de nouvelles générations, car Dieu sera tout en tous, et chacun et chacune d’entre nous sera comblé par sa plénitude de vie et d’amour. Il nous est difficile, Frères et Sœurs, d’imaginer qu’un jour nous serons libérés du besoin d’aimer et d’être aimés. Pourtant, lorsque l’Esprit-Saint vient dans nos cœurs de croyants, et lorsqu’il nous donne d’aimer, au-delà de nos envies et de nos besoins, celles et ceux qui nous entourent et que nous ne choisissons pas, c’est bien une expérience du ciel sur la terre que nous faisons, et qui nous rapproche de l’idéal de la vie consacrée vécue par les religieux et par les religieuses et par Jésus lui-même.

Et lorsque nous serons au ciel, dans la Résurrection, nous comprendrons enfin combien la vraie liberté n’est rien d’autre que l’obéissance au vrai bien, c’est-à-dire à Dieu lui-même, source de vie et non de mort, source de partage et non d’égocentrisme. Les congrégations religieuses et les instituts de vie consacrée ont donné à l’Eglise et au monde les mères Teresa, les sœurs Emmanuelle du Caire, les Damien de Veuster et saint Vincent de Paul, les abbés Gérin ici à Grenoble et tant d’autres figures de charité qui montrent combien l’obéissance à l’amour fraternel régénère les liens humains et guérit les sociétés malades de leurs divisions.

Vous le voyez, Frères et Sœurs, tout proche de la vie de Jésus présenté au Temple et consacré à Dieu, il y a d’abord la vie de ses apôtres, et la vie des personnes religieuses ou consacrées qui reçoivent de Dieu l’appel à imiter le Christ, dans sa vie terrestre et dans sa vie ressuscitée qui est déjà présente ici-bas au cœur de nos églises et de nos communautés.

Mais alors nous-mêmes, à notre tour, qui que nous soyons, en tant que baptisés qui se laissent instruire par le témoignage de ces vies simples et sobres, quelquefois enfouies, quelquefois rayonnantes, nous sommes appelés à communiquer nous aussi la lumière du Christ et l’espérance de la vie éternelle, en menant en ce monde une vie qui tende vers le détachement des biens matériels, vers la pureté des relations humaines, et vers la libre soumission aux exigences du bien commun. Voilà notre consécration baptismale que nous manifestons ce matin par la lumière des cierges de la chandeleur. Sentons-nous très honorés, Frères et Sœurs, si, dans nos familles ou nos communautés, certains jeunes s’orientent vers la vie consacrée dans une congrégation religieuse ou dans le sacerdoce ordonné.
Soyons heureux qu’à travers toutes nos différentes vocations l’Esprit-Saint nous rassemble dans la joie, et nous donne d’annoncer sereinement à notre monde, pour son avenir et pour sa paix, que « Dieu est amour, que Dieu est lumière, que Dieu est notre Père ». Amen.

Père Patrick Faure

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