La puissance de la foi

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Homélie prononcée le 6 octobre 2019

Frères et Sœurs,

avec cet évangile que nous venons d’entendre, la liturgie d’aujourd’hui nous parle de la puissance de la foi. Comme le dit saint Paul à Timothée dans la deuxième lecture : « Dieu ne nous a pas donné un esprit de peur mais un esprit de force, d’amour et de pondération ». Et, dans la première lecture, le prophète Habaquq nous dit que la foi ou la fidélité à Dieu nous permet de vivre et de tenir au milieu des épreuves.

La foi dont il est question, ce n’est pas la foi au sens mondain d’une idée qu’on se fait de Dieu, ou d’une opinion, d’une conviction ou d’un sentiment qu’on aurait sur lui comme sur un parti politique ou sur un grand de ce monde, avec tous les changements d’avis dont on est capable selon les aléas de l’existence. Non. La foi dont parle Jésus c’est la foi des saints, d’Abraham à la Vierge Marie et à Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus que nous fêtions cette semaine.

La foi, c’est le fait de s’appuyer de toutes ses forces sur ce qu’on sait de Dieu même si l’on n’en sait pas grand-chose. La foi c’est le fait d’adhérer de tout son cœur et de toute son âme à ce qu’on connaît de Dieu même si on ne le connaît pas bien. La foi ce n’est pas une idée. C’est une remise de soi entière et personnelle qui croit que rien n’est impossible à Dieu. Les saints ont toujours cru que rien n’est impossible à Dieu. C’est comme cela qu’Isaac est né de Sarah vieille et stérile. C’est comme cela que Jean-Baptiste est né d’Elisabeth vieille et stérile. Et c’est comme cela que Jésus est née de Marie, vierge et ne connaissant pas d’homme. Tous et toutes ont cru aux paroles des anges qui leur dont dit que « rien n’est impossible à Dieu ».

Mais alors, demanderez-vous, quelle est donc cette puissance de la foi que le Christ exprime à travers des images colorées comme « faire se déplacer les montagnes » ou « se déraciner les arbres » ?

Cette puissance de la foi, frères et sœurs, c’est toujours, toujours, la puissance qui rend fécond ce qui est stérile, c’est-à-dire la puissance qui apporte la vie de Dieu, la grâce, là où à vues humaines il n’y a que désolation ou désespoir. La puissance de la foi dont témoignent les saints, c’est la puissance qui suscite des artisans de paix là où il y a la guerre. C’est la puissance qui fait se lever des hommes et des femmes d’unité là où règne la division, pour parler comme saint François d’Assise que nous fêtions avant-hier. La puissance de la foi, c’est la puissance qui apporte la consolation là où il n’y a que souffrance, la puissance qui fait travailler patiemment au rétablissement de la justice là où il n’y a que violence, parce que la puissance de la foi, c’est la puissance de vivre tous les drames et toutes les joies en restant dans la prière et dans la main de Dieu. La voilà cette puissance de la foi. Et elle fait des miracles.

Mais cette puissance de la foi, ce n’est pas la puissance des croyants eux-mêmes, c’est la puissance de Dieu. La foi nous fait participer à la puissance de Dieu, mais elle ne nous donne aucun pouvoir ni sur Dieu ni sur sa puissance. Et c’est tout le sens de la deuxième partie de l’évangile que nous venons d’entendre : nous ne sommes que des serviteurs inutiles ou simples ou quelconques, et qui ne font que leur devoir de croyants. La puissance de la foi ne nous appartient pas.

En ce sens, la foi n’a rien d’un pouvoir magique manipulable à volonté moyennant certains rites ou certaines incantations qu’il suffirait d’exécuter correctement. La foi ce n’est pas cela.

La foi donne bien aux apôtres de guérir des infirmes. Oui. La foi donne bien aux saints d’opérer des miracles, de convertir des cœurs et de faire rayonner l’amour Miséricordieux. Oui. Mais elle ne leur appartient pas. Ils ne la tiennent pas en main.

Et s’ils font des prodiges et des signes extraordinaires ce n’est pas à cause de leurs capacités, de leur vertu ou de leur science parce qu’ils auraient toujours tout bien fait comme il faut avec Dieu. Non. Si les saints font des merveilles, c’est parce qu’ils croient, et – comme le dit la petite Thérèse de Lisieux parce qu’ils « veulent croire » (cf. Ms C, 5,7) - de tout leur cœur que Dieu est tout puissant quand il s’agit de donner la vie aux morts, c’est-à-dire quand il s’agit de rendre la vie, l’espérance et l’amour là où le monde connaît le malheur et la désespérance.

Les apôtres disent à Jésus : « Augmente en nous la foi ». Cela veut dire que nous pouvons grandir dans la foi. Or, le Christ dit cela dans l’évangile d’aujourd’hui, selon saint Luc, juste après avoir demandé à ses disciples de pardonner sept fois par jour à ceux de leurs frères qui se repentent d’avoir péché contre eux.

Autrement dit, grandir dans la foi est directement lié au pardon fraternel, à la charité fraternelle, et donc à l’unité de la communauté croyante. A quoi voyons-nous que nous grandissons dans la foi ? Nous voyons que nous grandissons et que nous progressons dans la foi au fait que nous nous aimons davantage les uns les autres, pour parler comme saint Jean (Jn 13,34), ou encore, pour parler comme saint Paul, au fait que nous nous supportons davantage les uns les autres (Col 3,13). Progresser dans la communion, dans la charité, dans l’édification mutuelle, est intimement lié au fait de progresser soi-même dans la foi qui donne la puissance et la liberté de venir à bout de tout. Le Christ nous le dit clairement : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous vous reconnaîtront pour mes disciples » (Jn 13 ,35), c’est-à-dire pour des hommes et des femmes qui s’appuient de tout leur cœur sur ce qu’ils pressentent ou connaissent de Dieu quel que soit leur degré d’instruction religieuse.

Alors, bien entendu, certains nous demanderont pourquoi les uns ont plus la foi que les autres, et pourquoi ce don de Dieu est si mal réparti entre les hommes. Et d’autres leur répondront que, de toute façon, la foi n’est qu’une faiblesse d’esprit dans toute une part de l’humanité qui est encore grossière et primitive parce qu’elle n’a pas encore évolué vers la seule vraie puissance de l’homme qui est sa raison et son intelligence, et son pouvoir technologique, au-delà de toute croyance en un Dieu créateur et transcendant auquel il faudrait obéir.

Nous connaissons, frères et sœurs, ce discours des incroyants surtout athées. Mais le philosophe grec Aristote nous dit que l’homme est un animal religieux. Et, de son côté, l’Ecriture Sainte qui nous vient d’Israël nous dit que, par nature, l’homme est à l’image et à la ressemblance de Dieu. Saint Augustin le confirme en disant : « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur ». Et le célèbre dominicain Lacordaire qui a prêché le carême ici-même dans cette cathédrale de Grenoble en 1844 le dit aussi à sa façon : « l’homme est un animal mystique ».

Ces philosophes, ces auteurs sacrés, ces saints et ces penseurs nous disent tous que la foi en Dieu fait partie de l’être humain et que vivre sans Dieu ne fait pas grandir l’homme mais au contraire le diminue et le prive de sa vraie grandeur. Comme l’affirmait le pape Paul VI en 1967 : « un humanisme sans Dieu est un humanisme inhumain. »

Alors, Frères et Sœurs, prions donc ce matin pour que Notre Seigneur augmente notre foi, mais aussi pour que nous ouvrions toujours plus notre cœur à ses dons, y compris à ce don qu’il nous fait d’être une communauté croyante les uns avec les autres.

Prions aussi pour que Dieu augmente en nous le désir d’intercéder pour celles et ceux qui passeront dans cette église, afin qu’ils reçoivent la grâce de croire en lui et qu’ils participent à sa puissance de vie et de fécondité, de salut et de paix pour notre monde. Amen.

Père Patrick Faure

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